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Monthly Archives: janvier 2012

Merena, à Recife, Pernambuco, Brésil – vendredi 27 janvier 2012

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Ce n’est pas coutume mais c’est à mon équipage que s’adresse aujourd’hui ce billet, une forme d’épilogue de cette délicieuse traversée… Le Merena est bien amarré au Cabanga Iate Clube de Recife (et dans la vase à chaque basse mer, d’ailleurs).
La première transat du voyage est maintenant dans le sillage. Ces quelques mots pour remercier et féliciter l’équipage de choix avec lequel j’ai eu le plaisir de naviguer ces dernières semaines.
C’est à 4 heures du matin, réveillé par un grain aussi subit que violent, quand il faut se lever dare-dare pour manoeuvrer que se marque le mieux la grandeur d’âme. Fred a déjà une main sur la drisse l’autre sur l’écoute, Marco s’équipe sérieusement, prêt à tout endurer, le docteur explique le développement vertical du nuage et Mireille, inlassablement souriante et enjouée, propose déjà une carte de boissons chaudes.  J’aime cette ambiance de cirés trempés, de visage hagards, de faisceaux de lampes frontales, de détermination sans faille. Pas de faux semblants, pas d’excuses. Tous au service du bateau, tous au service de tous. Leur motivation est ma récompense. C’est même la mesure  de cette aventure, sa finalité.
Toute traversée est une aventure. Elle repousse plus loin les limites de chacun et fait naître une sorte de compagnonnage de boy-scouts. Ah, elles vont bien me manquer les facéties joyeuses du docteur, la bonne humeur légendaire de Mireille, l’humour raffiné de Marco et la bienveillante présence de Fred… Merci à vous pour cette belle aventure, et espérons qu’il y en ait bien d’autres ! Avec un tel équipage on irait bien au bout du monde. Et çà tombe bien, on y va !

Merena, 5° 16 S 32° 59 W – mardi 24 janvier 2012 – 2300ut

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De retour en mer après 36 heures d’escale. Alizé du Sud Est soutenu, vent de travers et embruns sur le pont cette nuit.  Nous devrions atteindre Recife la nuit prochaine. L’équipage est unanime: Fernando de Noronha est une belle escale, accueillante et isolée à souhait. Un mouillage un peu rouleur, parmi les barques de pêche, au pied de la jetée et sous le piton, véritable symbole de l’île. Notre manque d’annexe nous pousse vers les îliens plus serviables et désintéressés qu’on l’on puisse l’imaginer. Les formalités sont longues et nonchalantes. On se salue. On se sourit. On est assis et eux debout !
L’immigration brésilienne, la douane, la police militaire, les représentants de l’Etat du Pernambuco, la Marine Nationale, le conservateur du parc naturel, les officiers du port défilent devant nous. Autant de cachets, autant d’uniformes et de bienveillantes
poignées de main.
Buggy vert pomme, tongues, crème solaire et petits sac à dos, les coureurs d’océans se transforment en touristes.  Pas grand monde sur cette île. Un tout petit village, une belle piste d’aviation en dur, d’admirables points de vue. Ici,  il ne pleut pas souvent et la végétation fait ce qu’elle peut. D’arbustes épineux en buissons desséchés, on visite. Quand soudain, au détour d’une piste poussiéreuse apparaît LA plage: piton rocheux en mer, sable fin et blond, énormes rouleaux. Un vrai décor de James Bond.  Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils exposent au soleil redouté leurs corps parfaits et leurs tatouages colorés.  Ils marchent nonchalamment, la planche de surf sous le bras, suivis par les yeux noirs de ces fameuses brésiliennes aux courbes aussi admirables que généreuses.  Ils rient de toutes leurs dents applaudissant les sessions de leurs potes qui glissent de tubes en crêtes.  On se rappelle alors les visages livides et pressés des passants du centre ville, alors que les réverbères viennent de s’allumer et que la pluie fine de novembre s’est remise à tomber. Non, Monsieur Aznavour, il ne semble pas que la misère soit moins pénible au soleil, c’est une certitude.

Merena, 2° 39 S 31° 31 W – dimanche 22 janvier 2012 – 0745ut –

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La vie est bien faite. Comment nous faire oublier rapidement cette horrible pot au noir ? Facile: Alizé du Sud-Est soutenu, bon plein, ballasté, mattossé, à fond. Le bateau vole dans la nuit et la barre est douce. Devant nous, bien droite sur l’horizon, la croix du Sud. Depuis hier midi nous avons le mord aux dents, objectif : arriver avant la nuit à Fernando de Noronha et, si tout se maintient, ce sera chose faîte dans quelques heures.  Quel plaisir de faire de la voile !  Hier soir, naturellement, on s’est tous retrouvés dans les filières pour optimiser encore… Normal en course, merveilleux en croisière ! Cela illustre bien l’engagement et le plaisir de l’équipage de naviguer sur ce formidable bateau.  Réglages fins, longues heures de barre, plus vite, encore plus vite… Dans quelques heures nous verrons apparaître la belle silhouette de l’archipel de Fernando avec ces pics qui nous avaient tant émus lors du passage pendant la Jacques Vabre.  C’était à l’aube du 23ème jour de course et la lumière sur la première côte depuis Ouesssant était superbe. On s’était juré de revenir hors course pour pouvoir s’y arrêter.

Merena, 0° 17 SUD 30° 18 W – 0900ut – samedi 21 janvier 2012

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Et oui, depuis 07H TU ce matin, c’est fait, l’Equateur est franchis ! Nous voguons maintenant le tête en bas !  Ambiance comparable à celle d’un réveillon : tous les yeux rivés sur l’écran du GPS pour voir enfin apparaître le 00° 00′. En plus, au moment du passage, les grains nous ont laissés en paix et nous avons pu faire péter la bouteille de champagne judicieusement apportée par Mireille. Délicieusement tiède !
Nous naviguons maintenant en été.  Et comme l’a fait remarqué le docteur, l’hiver était très clément, l’été est un peu frais… Y a plus de saison. Deux oiseaux ont passé la nuit sur le pont, ravis de pouvoir se reposer. Les tentatives pour les nourrir furent vaines et ils sont repartis avec l’aube. Il reste maintenant moins de 250 miles pour Fernando de Noronha et le vent semble s’être enfin levé !

Merena, 03° 20 N 029° 06 W – 0900ut – jeudi 19 janvier 2012

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Le soleil vient de se lever à la fin du plus joli grain de la nuit : des tonnes d’eau (douce) qui tombent du ciel mais heureusement pas trop de rafales. Le pot au noir se fait long : les plus observateurs peuvent en effet comparer la position d’hier avec celle d’aujourd’hui et déduire que l’avancée a été parcimonieuse ! Quasiment aucun vent entre les grains et l’impossibilité de tout faire au moteur. Pas assez de fuel et un petit courant contraire assez tenace… Hier soir, après le dîner, à l’arrêt complet sous le ciel étoilé, soirée cinéma ! “Paris” avec Juliette Binoche, Romain Duris et l’adorable Mélanie Laurent. Un bon break avant de s’y remettre.
A midi cela fera exactement une semaine de mer. Nous sommes tous en pleine forme, détendus et reposés. Rien ne vaut le grand large pour se refaire une santé : pas d’alcool, alimentation saine et variée et le rythme régulier des quarts qui laisse l’opportunité de longues siestes et de bonnes lectures.
Le service météorologique de la rue Lanfray est encourageant ce matin : on devrait retrouver du vent vers midi et bénéficier d’une inversion de ce satané courant ! Et ce n’est pas de refus !

Merena, 04° 23 N 028° 55 W – 0900ut – mercredi 18 janvier 2012

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ITCZ, zone inter-tropicale de convergence. Pour les marins, le pot au noir. On y est entré avant l’aube ce matin. Rafales, pluies violentes, nuages très noirs. La journée d’hier avait été très agréable pourtant. Commencée par une baignade Atlantique dans la piscine mode grande profondeur (4000m) pendant la pétole de la matinée, on avait ensuite été gratifié d’un vent léger et doux et d’une mer délicieusement plate. Le tout s’était achevé par un bon repas et un adagio de Mahler sous la voûte étoilée. Mais voilà, c’est fini, ce matin il pleut à verse, ce qui, par ailleurs, arrange bien nos travaux de récupération d’eau ! Petite surprise en m’asseyant à la table à carte pour vous envoyer ce message: un exocet sur le clavier ! Passé par un hublot ouvert, il a délicieusement parfumé ce billet ! A ce propos, je voulais vous remercier pour les nombreuses et charmantes réponses à ces petits mots qui nous sont transmises quotidiennement par Sylvie. Elles sentent bon la terre, la ville et nous raccrochent au monde des vivants. Milles merci et surtout n’arrêtez pas cette communication qui nous va droit au coeur ! Excellente journée à vous tous et fermez bien la fenêtre, votre pluie est plus froide que la notre !

Merena, 7° 47 N 027° 59 W – 1000ut – lundi 16 janvier 2012

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On avait voulu qu’il fasse beau, c’est fait ! Ce matin le soleil est bien là, bien cuisant. Le vent n’a pas cessé de mollir dans la nuit réduisant la vitesse petit à petit. A l’aube, la houle résiduelle est plus présente que le vent et les voiles battent dans de sinistres craquements. On décide d’affaler et de mettre le moteur en route pour tout de même continuer, certes lentement. C’est l’avantage que nous avons sur la course au large. Même si les 4 noeuds dûs à la propulsion diesel ne font pas une grande différence réelle, ils sont salutaires psychologiquement ! Il reste 500 miles pour l’équateur et les fichiers chargés ce matin ne sont pas optimistes quant au retour d’un vent sérieux… Pourvu que la houle se calme, au moins. Nous craignons le pire quant à la cuisson de la mi-journée. Chapeau, longues manches, écran total. Courage ! On pense à la pluie fine et froide de l’hiver d’Europe et cela nous rassérène !

Merena, 8° 17 N 027° 57 W – 0100H – lundi 16 janvier 2012

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La vie du bord s’est organisée. Il faut nous imaginer, le matin, assiette en main faire le tour du pont pour récolter les exocets échoués pendant la nuit, puis enchaîner sur de calmes journées ponctuées de courtes manoeuvres (genak / genois / ris) et de longues conversations à bâtons rompus. Au vu de la position, étrange, pas de soleil, pas de ciel d’alizé si caractéristique, plutôt un gris laiteux et chaud, toujours voilé. Côté cuisine, la barre est haute. Equilibre et savoureux, un vrai plaisir.
Quand on regarde la carte, on est plus ou moins au milieu entre l’Afrique et l’Amérique du Sud. Entre Dakar et Fortaleza, “au milieu de rien”. Un petit concentré de technologie et de d’humanité qui se déplace. Comme un grain de sable sur une plage, quantité négligeable. On imagine un immense zoom qui engloberait tout, où la terre elle-même ne serait qu’un point infime, puis rapprochement très rapide: la boule bleue grandit, on distingue les formes des continents, les océans, agrandissement encore, tel un rapace, un petit point grandit, c’est un bateau… Et si le zoom continuait à la même vitesse ? Nous voilà mais déjà transpercés, bactéries, atomes. Fondu dans le “grand tout”, simple maillon de la chaîne.

Merena, 11° 35 N 027° 55 W – 0015ut – dimanche 15 janvier 2012

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La rêverie du jour pourrait s’intituler “vertige sphérique” ! Comme la terre est ronde, le plus long voyage possible est finalement d’aller là, juste à côté de nous, sur la vague suivante. C’est elle qui est la plus proche et la plus éloignée… Comme celui qui dessine avec son sillage un grand coeur dans l’océan, pas si inutile, puisque c’est joli … et il ne va pas moins loin que nous qui, désespérément, courrons tout droit… en rond. Lançant le débat dans l’après midi à bord, Marco d’ajouter que la vraie sagesse du voyage ne serait-elle pas finalement l’immobilité totale ? Et que dire du vide qui nous sépare de cette autre vague, le monde entre nous ? Dans le vent qui forcit, la mer qui se forme nous rappelle sa bien réelle présence… Lors d’un empannage de la matinée, la bastaque se prend dans la barre de flèche. Heureusement vue, elle n’est pas winchée. Mais l’élastique qui est sensé l’empêcher de se retrouver là, l’empêche maintenant de revenir en place. Marco – encore lui – n’écoutant que son courage, monte à la 2ème barre de flèche dans une mer déjà formée. Mission accomplie et le bateau peut reprendre sa route. La journée grise s’égrène au son de Pink Floyd et quand vient la nuit sa noirceur impressionne. Pas d’étoile, pas de lune. La hune vient remplacer la lune ! On distingue ainsi bien la voile avant qui protège de l’empannage intempestif. Pourvu qu’il fasse beau demain !

Samedi 14 janvier 2012 – 12° 52 N 026° 58 W – 0900H – entre le Cap Vert et le Brésil

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Une assez belle journée de voile hier, alors que, même si l’on a fait attention de ne pas y penser, on était vendredi 13. Spi et empannages réguliers pour contrer ce vent pile arrière.
Mais ce matin, consternation, on se croirait à Blankenberg fin octobre avec son célèbre ciel plombé. Bon, la température est raisonnable bien qu’un peu moite, mais franchement, tout çà pour çà, non !
Nous sommes à 800 miles de l’équateur, à la latitude de Banjul en Gambie ou encore de Bequia de l’autre côté de la mare aux canards…
Les quarts s’enchaînent régulièrement et l’équipage trouve son rythme. Les repas sont toujours aussi raffinés: hier soir, par exemple, cuisse de poulet au citron et au miel accompagnée de ris, de patate douce et de maïs… Mais on tire les dernières cartouches de frais et les ouvre-boites vont bientôt prendre du service ! Et ce n’est pas un mal car il est chargé, ce bateau ! 220 litres de flotte dans les vaches, 72 bouteilles d’eau, des kilos de pâtes, riz, cachupa, d’innombrables boîtes de conserve de poisson, pâtés, légumes, si l’on ajoute les bons gros sacs d’effets personnels, on imagine un sillage un peu pâteux. Allez, courage, il suffit de bien manger pour arranger çà !