De retour en mer après 36 heures d’escale. Alizé du Sud Est soutenu, vent de travers et embruns sur le pont cette nuit.  Nous devrions atteindre Recife la nuit prochaine. L’équipage est unanime: Fernando de Noronha est une belle escale, accueillante et isolée à souhait. Un mouillage un peu rouleur, parmi les barques de pêche, au pied de la jetée et sous le piton, véritable symbole de l’île. Notre manque d’annexe nous pousse vers les îliens plus serviables et désintéressés qu’on l’on puisse l’imaginer. Les formalités sont longues et nonchalantes. On se salue. On se sourit. On est assis et eux debout !
L’immigration brésilienne, la douane, la police militaire, les représentants de l’Etat du Pernambuco, la Marine Nationale, le conservateur du parc naturel, les officiers du port défilent devant nous. Autant de cachets, autant d’uniformes et de bienveillantes
poignées de main.
Buggy vert pomme, tongues, crème solaire et petits sac à dos, les coureurs d’océans se transforment en touristes.  Pas grand monde sur cette île. Un tout petit village, une belle piste d’aviation en dur, d’admirables points de vue. Ici,  il ne pleut pas souvent et la végétation fait ce qu’elle peut. D’arbustes épineux en buissons desséchés, on visite. Quand soudain, au détour d’une piste poussiéreuse apparaît LA plage: piton rocheux en mer, sable fin et blond, énormes rouleaux. Un vrai décor de James Bond.  Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils exposent au soleil redouté leurs corps parfaits et leurs tatouages colorés.  Ils marchent nonchalamment, la planche de surf sous le bras, suivis par les yeux noirs de ces fameuses brésiliennes aux courbes aussi admirables que généreuses.  Ils rient de toutes leurs dents applaudissant les sessions de leurs potes qui glissent de tubes en crêtes.  On se rappelle alors les visages livides et pressés des passants du centre ville, alors que les réverbères viennent de s’allumer et que la pluie fine de novembre s’est remise à tomber. Non, Monsieur Aznavour, il ne semble pas que la misère soit moins pénible au soleil, c’est une certitude.