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Il ne s’agit pas des mensurations d’une bimbo, ni des azimuts entre trois waypoints, ni même de la commande des plats dans un resto chinois, non, ce sont les âges des trois générations qui composent l’équipage de cette traversée.  Trois stades, trois époques de la vie qui font réfléchir au temps. On essaye des débats variés (par exemple: l’écologie sauvera-t-elle le monde ? le grand amour existe-il ? Quel est finalement le sens de la vie ?). Pour le moment avec des résultats mitigés. Difficile de concilier la pudeur de la jeunesse et la curiosité de l’âge mûr.
Ah les fréquents carrefours de la jeunesse !  Vertige de ce qui aurait pu être et qui n’a pas été… Où une seule personne, une seule rencontre, un seul instant peut tout changer.  Vieillir serait comme mieux percevoir des embranchements moins fréquents ! C’était alors les années où tout se décide sans que l’on s’en rende compte.
A cette époque le passé n’existait pas encore et n’avait aucune valeur, la densité se concentrait dans le présent.  Et c’est finalement ces années là, pourtant, que l’on veut inlassablement faire renaître.  Ouvrir enfin la porte de “l’Eternel présent”.  Refaisons les conjugaisons ! J’aime assez “Passé composé”, par exemple… comme une salade.  N’est-il pas une construction mentale à posteriori ?  Peut-on l’aménager à sa guise, ce passé ?  Il nous appartient bien, tout de même ?!  On a le droit d’en user, d’en abuser, de le tordre pour le faire entrer dans l’image, celle qui nous plaît, maintenant.  Tout est à nous.  Les lieux, les personnages, leurs mots et les nôtres.  Nous avons tout pouvoir, enfin.  C’est notre force sur  la jeunesse achevée. Cette histoire est la nôtre.
Allez-y !  écrivez-là comme bon vous semble, personne n’aura rien à dire, elle est à vous.  La meilleure garantie de cette impunité à la modifier ? C’est que tout le monde s’en fout !
Pendant ce temps, le bateau glisse, peinard. Les miles défilent facilement, la lune fait briller la mer et quelques dauphins nous rendent visite.  Nous arrivons dans la soirée à Salvador de Bahia, sorte de retour quatre ans plus tard, après l’arrivée de la Jacques Vabre. Les choses auront-elles changées, là-bas ?