“Surdus”
La pétole, çà fait penser… Depuis cette nuit nous sommes tombé dans un grand trou de vent avec une houle résiduelle bien agaçante.  Pourquoi diable faire le tour du monde ?  Le docteur avait posé en ces termes la question pendant la transat: “est-il plus important de faire le tour du monde ou de l’avoir fait ?”  Bonne question, doc.  A ce propos, le plus important est bien sûr de poser les bonnes questions certainement plus que d’y répondre !  Non pas pour ne plus chercher mais disons que dès qu’on aura trouvé, il sera temps de rentrer !  La question renvoie au sens même de toute activité.  La voile au large a ceci de particulier d’être celle qui présente (à première vue) le moins d’utilité, justement… Donc, mettons que si on a résolu celle-là, on les a toutes résolues !!  Dans son ouvrage sur les rapports entre les hommes et les dauphins, Patrice van Eersel a une jolie phrase: “le mot absurde vient du mot latin surdus qui veut dire sourd.  Dire que le monde est absurde équivaut à dire “je n’entends pas le monde” mais ne qualifie en rien le monde lui-même.” Il a sûrement raison.  Le contact fréquent et durable avec la nature prédispose à (re)trouver du sens.  Nous sommes tellement coupé d’avec elle. Ce ne peut être une coïncidence.  Bien sûr il a fallu la dominer cette nature, se battre contre les animaux, les conditions climatiques, les catastrophes naturelles mais maintenant que c’est (presque) fait, il faut lever le pied.  La nature n’a probablement pas de conscience ni de volonté mais on a ce sentiment animal, qui vient du plus profond de nous: “elle va se venger”.  On imagine une vengeance complexe.  A la fois brutale et spectaculaire (tsunamis, météorites, …) mais aussi insidieuse quoique tout aussi implacable (maladies, dégénérescence).  Bon, le vent revient, allons renvoyer de la toile… la punition n’était pas pour ce matin.