Déjà plus d’une semaine que le Merena est amarré à une bouée du Iate Clube de Rio de Janeiro… Plus l’escale se prolonge et plus il est dur de décrire les sentiments que l’on en a !  L’opinion devient trop complexe et il faut se référer à la “virginité de l’accostage” !  Une entrée dans la baie de Guanabara à l’aube dans la pétole: pain de sucre, Corcovado, immeubles à perte de vue, favelas accrochées aux morros: fabuleux.  Jusqu’ici le Brésil n’avait pas été facile – urbanisation démesurée à Recife, quasi guerre civile à Salvador et amarrage compliqué à cause du tirant d’eau à Vittoria – et nous arrivions avec un esprit très critique dans la ville.  Il aura fallu deux femmes de chez nous, une belge et une française – Anne-Catherine et Marie-Laure – pour nous ouvrir la porte et nous faire découvrir la magie de la “Citade Maravilhosa”.  Plus brésiliennes que les brésiliennes, elles ont compris et aimé cette ville et leur générosité nous a guidé…

Rio s’apprécie à la découpe !  Une juxtaposition de quartiers aussi différents que séduisants, une circulation facile et une sécurité très raisonnable.    Le “downtown” a des faux airs de New York en été avec des larges trottoirs où les costars croisent les tongues, où les façades coloniales délabrées et envahies par la végétation jouxtent les buildings ultramodernes.  Il y a aussi Santa Teresa, ancien quartier chic et bohème, le Montmartre local, Urca, le village dans la ville où il est doux de cheminer sur le malecon en regardant les cormorans pêcher… Puis il y a le zoo: Copacabana, Ipanema, Leblon.  La plage est longue et belle mais l’attraction principale sont les corps parfaits des cariocas qui s’exhibent en prétextant quelque activité sportive ! Tous les 500 mètres, il a un poste de secours avec une petite tour, chacun avec un numéro. Tout le monde connait et respecte le sien: le 10, les familles, le 9, les jeunes, le 8 les gays, …
Alors seulement nous sommes montés par le vertigineux téléphérique sur le pain de sucre et nous avons compris : Rio s’étend à l’infini et nos modestes découvertes et certitudes ont été balayées !  Tout est grand, tout se conçoit en masse: la cathédrale à 20.000 places, le stade de foot 120.000, le Sambodromo 72.000…

Et pourtant l’on se sent bien !  Est-ce parce que Rio a été la première capitale sud-américaine d’un pays européen ?  (En effet, pour échapper à Napoléon, le roi du Portugal s’y installa avec sa cour et en fit sa capitale !).  Est-ce parce que les habitants sont jeunes, cosmopolites, dynamiques ?  Parce que le climat est parfait ?  (un peu chaud en début d’après midi tout de même !)

Et puis il y a le carnaval ! … Véritable concentré d’énergie pure.  Il est partout pendant cette semaine que les Cariocas préparent toute l’année.  Les “blocos” sont des rendez-vous pour des fêtes de rue.  Pas de déguisements extravagants (diables, chats, mickey, schtroumpf, …) mais une furieuse envie de rire, danser, chanter dans le bruit de la foule. Les participants sont jeunes – voire très jeunes – et l’ambiance y est vraiment bon enfant.  Puis il y a le Carnaval, le Grand.  Ici pas d’amateurisme, c’est un spectacle à l’organisation parfaite.  On croit rêver.  Chaque école de samba compte entre 3 et 5000 participants et va défiler pendant 80 minutes dans le Sambodromo.  Ca commence à 21h et la dernière école se lance à 05h du matin…  Les costumes sont affolants, les chars gigantesques.  Dans les gradins c’est l’extase : tout le monde entonne en coeur les paroles des sambas, toute la nuit !  Et ils remettent çà trois jours durant !!  Plus que de l’énergie, c’est de la foi.

C’est sans doute grâce à cela que le miracle de Rio peut vivre… Comment faire co-exister aussi proche les super-riches qui se déplacent en jet privés et en hélicoptère et les habitants des favelas, adossées aux quartiers chic ?  Certes, on parle d’opérations de “pacification”, c’est à dire l’entrée dans les favelas de brigades spéciales de police avec des écussons représentants des têtes de mort à côté de leurs galons.  Les pauvres de ces quartiers dénoncent facilement les truands aux “pacificateurs” et ils sont sommairement abattus…  La vie n’a pas tout à fait la même valeur ici…  le Brésil n’est-il pas le dernier pays du monde à avoir condamné l’esclavage ?

Ceci dit, le miracle existe bien et il est vraiment perceptible.  Sur la plage, dans les rues, dans le Sambodromo, la beauté physique, le sourire, la décontraction compense la pauvreté matérielle.  La beauté serait-elle donc plus forte que l’argent ?  En tout cas, bras ouvert, le christ rédempteur veille indifféremment sur tous les cariocas…