De Hubs en routeurs
Il est bien vide cet océan, surtout quand le vent l’a déserté. Nous venons de vivre des heures curieuses, suspendu, sur cette onde lisse. Quand le vent s’arrête, on a peur qu’il ne revienne jamais, qu’il nous laisse dans ces limbes. Sans lui, nous nous savons fondus dans le grand univers; tout espoir de rejoindre les bords agités de l’activité des hommes est vain. Pas de nuages, pas de vagues, rien. Juste le mouvement des astres qui rythme ce temps si abstrait. Une succession de lumières et de couleurs. Le ciel et la mer se touchent sur tout cet horizon sans que rien ne vienne troubler cette jointure. Puis soudain, bien vivant dans ce monde figé, là, tout près, deux oiseaux de mer qui virevoltent ensemble, qui glissent côte à côte. Leurs ailes se frôlent, ils glissent de concert dans l’air pur, ils plongent à raser la surface puis, ne se quittant pas, ils remontent en flèche. L’image de cet amour parfait, spécialement dans ce vide qui nous entoure, est saisissante. Une sorte de Saint Valentin permanente qui s’exprimerait à l’écart des parfumeurs ! On dit que l’amour est plus fort que tout, il est surtout plus fort que rien. Il peut traverser les terres et les mers en un instant, se riant de tout cet espace. De hubs en routeurs, il glisse sur l’eau vers l’antenne du téléphone satellite, il entre dans le bateau et l’illumine dans la nuit.