Indolence et rigueur.

Qu’il est grand cet océan !   Déjà la dixième nuit de mer pour un tiers du parcours seulement. Certes, avec des conditions si légères, on ne va pas très vite : Il y a les 40èmes rugissants, nous sommes plutôt dans les 30èmes miaulants !  La grande houle du Sud est revenue et, naviguant au bon plein, nous perdons le vent dans le creux de l’onde. Le bateau se redresse et ralentit puis, arrivé sur la crête, il gîte et repart… deux fois par minute !   Nous sommes rentrés dans l’art de ne pas faire grand chose sans jamais s’ennuyer. Un mélange subtil d’indolence et de rêverie ainsi que de rigueur et d’action. Littérature, poésie, Assimil espagnol et philosophie. Egalement conversations constructives en vue de la réfection du monde, qui en a bien besoin, le pauvre. Mais surtout la contemplation de couchers de soleils interminables, d’aubes subtiles, de levers de lune et d’étoiles innombrables.  Certaines nuit on a l’impression de voyager dans une bulle à neige qui se déplacerait avec nous.  Parfois, comme ce soir au couchant, ce sont les nuages qui s’organisent en gigantesques constructions laiteuses et éclairées en contre jour