Front froid
Déjà trois jours que nous suivions attentivement la position de cette dépression qui s’était créée à Buenos Aires et qui traversait l’Atlantique à notre poursuite.  Elle passerait certainement bien dans notre Sud mais le joli front froid associé nous promettait quelques démêlés… Le vent de Nord Ouest, généré par cette perturbation, était soutenu et régulier et nous permettait sans fatigue des moyennes élevées (plus de 200 miles par 24h).  Le front tardait à nous rattraper et à chaque échéance du fichier météo on souriait: “encore quelques heures” !
La nuit dernière, nous l’avions passé sur le qui-vive. Pas de visibilité qui nous aurait permis de voir le phénomène approcher. Mais rien encore. La longue bande de nuage bas n’est apparu que ce matin. Elle masquait tout l’horizon et se rapprochait, inexorablement. A 1000H, première petite averse, premières rafales. Les vagues se creusent et ressemblent à de vraies collines. Elles sont désordonnées, nerveuses. Certaines d’entre elles déferlent. A midi, c’est le déchaînement: la pluie tombe comme un jet, le vent marque de longues traînées d’écume sur la mer lissée par tant de violence.  Quelques minutes plus tard c’est la saute de vent attendue, du Nord Ouest vers le Sud Ouest – l’inverse de chez nous…  Voilà. Il est passé.  Nous naviguons maintenant tribord amure dans un air beaucoup plus frais et léger. Les cirés sèchent.  Le vent s’est mis au Sud, il vient de l’Antarctique, de là où il n’y a pas d’ours.