Aah le près
L’Atlantique Sud n’a pas jugé notre traversée digne de ses exigences… Depuis une trentaine d’heures – et d’après les prévisions pour un bon moment encore – il nous inflige un obstacle haut et dense: un vent contraire et soutenu.  Fini la douce glisse des derniers jours avant le front. Les miles s’égrenaient alors facilement, sans douleur… Ici, c’est bien différent: l’impression est d’être en montée !  Chaque vague est à franchir, chaque mètre à gagner. Chaque imprécision de cap coûte immédiatement vitesse et angle.  Rien n’est donné, tout s’arrache, se conquiert.  De plus, ce vent ESE est plutôt froid. Fini aussi de barrer la nuit en T-shirt.  Les fréquents embruns obligent le ciré complet, avec les sous-vêtements polaires et les chaussettes.  Le bateau semble étonné par tant de violence: il démarre sur la première vague, prend de la vitesse sur la deuxième et à l’abord de la troisième, la pente est trop forte et il tombe littéralement de plusieurs mètres dans un bruit sourd et brutal.  Quant à la vie à bord, la gîte, le tangage violent et les chocs rendent chaque mouvement calculé et fatiguant. Tout ce qui n’est pas sécurisé tombe ou va bientôt tomber.  Dormir, cuisiner, lire, autant d’activités délicates… De plus, la progression est lente. Deux fois la route, trois fois le temps, quatre fois la peine, disaient les anciens… Et ils avaient raison.
Ce soir nous investissons dans le Sud. Ce bord babord amure n’est pas très approchant mais il permet de nous positionner mieux vis à vis du coup de vent annoncé pour ce week-end, de nous gratifier d’un vent plus maniable et – nous l’espérons – d’une mer moins formée… Comme une option de course au large que nous n’aurons jamais la possibilité de valider assurément…