La pureté du grand Sud.

Cet après midi, en train de bricoler dans le cockpit, on lève les yeux par hasard et, stupeur, il était là.  Celui que l’on attendait et que l’on espérait depuis longtemps. L’albatros. Sublime, énorme, magnifique.  Se riant de la pesanteur, il plane sans effort et rase les crêtes sans sonner un coup d’aile. Baudelaire avait raison.  Nous sommes entré dans un autre océan, plus sauvage, plus pur, plus loin encore. Alors que des milliers de pas foulent les trottoirs des grandes villes, ici, personne.  Des couleurs, des lumières, on se prend à rêver: peut-être que personne n’est jamais passé juste ici.  Ou alors, il y très longtemps, sur un clipper à quatre mats, craquant dans la longue houle, ou sur un multicoque de course qui n’aura qu’effleuré la surface quelques secondes, sans davantage laisser de trace.  Ici l’isolement prend tout son sens. On est loin du port, loin de la ville, loin de la maison… Et pourtant… Transformons le dicton de Pascal – à moins qu’il ne soit de Francis Bacon – “un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup en rapproche”.  Un peu d’océan éloigne des siens, beaucoup en rapproche. Proximité paradoxale de cette communion avec ceux qu’on aime, depuis le milieu de l’océan.  La seule force de la pensée, rendue plus libre par cet horizon dégagé, peut les rejoindre et les enlacer.  C’est, sans doute, cette même force qui permet de communiquer avec les êtres chers qui s’en sont allés…

PS. Devinette: la petite tige du capteur d’angle de barre s’était déconnectée…

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Le journal de bord et la position sur http://www.sailaway.be/world/journal.html