Grand Sud.

A 2130TU le vent est encore monté d’un ton.  Il devient difficile de faire de la voile normalement !  On active le “mode chalet”.  Mis au point lors de la remontée de l’Atlantique avec Michele après la Jacques Vabre, il s’agit de 3 ris dans la GV, rien devant, 60/70° du vent, pilote, bannette.  Mais non, ici c’est le Sud.  Même dans cette configuration pourtant bien défensive, çà cogne tout de même.  Parfois une vague s’éclate contre le bordé, on dirait un abordage.  Le vent est un grondement sourd rehaussé de sifflements à plusieurs tons dans les rafales.  Il vient de loin, du grand Sud, si différent des coups de vent de la Manche ou de la Mer du Nord.  Sauvage, dense, brutal, compact.  On sent qu’il n’a pas de mesure, qu’à quelques degrés de latitude de plus ce doit encore être une autre histoire.  Nuit noire, toutes les étoiles sont allumées.  Les vagues ont enflé et l’on se réjoui de voir leur tête au lever du soleil !  En tout cas, le cargo que l’on vient de croiser disparaissait bien longtemps dans le creux…  Le bateau se comporte bien et inspire confiance. Il file ses 7,5 kts dans le cap avec somme toute assez peu d’embardées.  Je me demande comment on vivrait la même nuit en multicoque… pas le même stress sans doute.  C’est la 25ème nuit de mer et – sans doute – l’avant dernière.  Ce fameux océan ne pouvait pas nous laisser passer sans une petite démonstration de sa force et de sa beauté. Et on sent bien qu’il est encore capable de bien d’autres choses, on le croit sur parole, pas besoin de preuves !